L'Occident joue à l'hypocrite en laissant croire qu'il aide
le Sud et les pays en voie de développement. Les subventions agricoles que les États-Unis et l'Europe
accordent à leurs agriculteurs totalisent annuellement quelque 350 milliards!!! de dollars,
soit 7 fois plus que l'aide au développement.
Ces subventions tuent le développement agricole du Sud
et empêchent même celui-ci de s'auto-suffire
ou même d'espérer arriver à survivre.
Par contre, elles permettent
aux agriculteurs du Nord de s'enrichir,
de prospérer... et de développer de nouveaux marchés au Sud pour écouler ces produits.
Tout en détruisant allègrement la planète
et en poussant l'ensemble du Tiers-Monde à la faillite.
L'éditorial du journal
Le Monde du 30 août
dressait un bon portrait de la situation. L'article est reproduit ici intégralement (plus bas sur cette page).
Lire aussi à ce sujet
Un autre article,
(cliquez ici pour voir l'article)
du mensuel français
Le Monde diplomatique
celui-ci,
qui souligne avec force que le développement durable
n'est qu'une nouvelle façon de nommer
ce que l'Occident fait depuis plus d'un siècle:
s'enrichir aux dépends du Sud,
et que le développement, durable ou autre,
n'est pas une solution pour la planète.
(aller à cet article sans attendre)
ou lire L'éditorial du Monde plus bas.
La rédaction du Site ovale
LE MONDE
L'éditorial du Monde 30août2002
Protectionnisme vert
LES BEAUX discours que les représentants du Nord tiennent au Sommet de la Terre réuni à Johannesburg relèvent très largement de l'hypocrisie. Car si les riches – les Etats-Unis, l'Europe, le Japon – voulaient vraiment aider les pauvres – et d'abord l'Afrique – à prendre le chemin d'un développement durable, ils savent ce qu'ils ont à faire : éliminer, progressivement, les subventions qu'ils dispensent à leurs agriculteurs.
Le Sud le réclame en vain à Johannesburg ; le Nord refuse avec une criminelle irresponsabilité. L'administration Bush, en parfaite contradiction avec le credo libre-échangiste qu'elle affiche, vient de faire voter une "farm bill" qui tire un peu plus haut encore la montagne de subventions que les Etats-Unis attribuent à leurs agriculteurs. Jacques Chirac, en totale opposition avec le discours de générosité qu'il prêche à l'intention du Sud, a répété, jeudi 29 août, son attachement à la PAC, la politique agricole européenne. C'est un bien grand mot pour une affligeante réalité : la moitié du budget de l'Union – la moitié ! – part en subventions aux agriculteurs de l'Europe... Les chiffres sont stupéfiants. Le montant cumulé des subventions agricoles européennes et américaines s'élèverait, chaque année, à quelque 350 milliards de dollars. C'est sept fois plus que l'aide publique du Nord au développement du Sud. L'absurdité est au rendez-vous : tout se passe comme si le montant des subventions s'élevait à mesure que leur destinataire, la population agricole du Nord, diminue !
Le système est d'une diabolique perversité. La manne des subventions encourage la production de surplus. Ceux-ci sont bradés à bas prix sur les marchés mondiaux, et notamment dans le tiers-monde. Conséquence : les agricultures de l'Afrique et d'une partie de l'Asie crèvent de ne pouvoir concurrencer ces exportations agricoles venues du Nord en deçà de leur prix de revient grâce aux subventions... La viande venue de l'Union sur les marchés de l'Afrique de l'Ouest a réduit à la misère nombre d'éleveurs locaux ; le coton américain, produit à un coût triple de celui de l'Afrique, a les mêmes effets, etc. Concurrencées sur leurs propres marchés intérieurs, par des productions écoulées à prix de dumping, les agricultures du Sud ne peuvent compenser en vendant au Nord : les riches ferment leurs portes aux produits agricoles du tiers-monde. Le Nord retire d'une main (subventions agricoles) ce qu'il donne de l'autre (aide au développement).
Ce "protectionnisme vert", bien peu libéral, génère, en outre, un désastre environnemental. Cette "subventionnite" est mère d'une autre pathologie : le productivisme, qui, à son tour, engendre pollution et épuisement des sols. Dans un premier temps, le contribuable américain ou européen paie pour subventionner ses agriculteurs ; puis il débourse une deuxième fois pour réparer les dégâts écologiques que ceux-ci commettent. L'aberration est complète quand on sait que lesdites subventions profitent surtout aux plus riches des agriculteurs du Nord.
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